Alain Monney

Alain était un ami. Alain était un frangin. Alain était aussi un artiste tout terrain, musicien, chanteur, écrivain, comédien, producteur, dessinateur, plasticien. Alain était drôle et gentil, à vrai dire la gentillesse en personne. Mais le 22 janvier dernier, Alain est parti baliser dans la Grande Ourse.

Il était venu à trois reprises installer dans notre galerie son univers si personnel et déconcertant, mais où l’humour et le deuxième degré avaient toujours leur place.

La première fois, c’était en avril 2014 avec l’expo Géotags, six balisages encadrés plus deux dont il expliquait la démarche ainsi : “Un géotag est un dessin empruntant d’une seule traite routes, ponts, chemins et sentiers existants autour d’une localité choisie, le nom de la localité donnant son titre au dessin. Sur le terrain, chacun peut redessiner le tag en se fiant au balisage fixé sauvagement par l’artiste.” Ce travail, dont le balisage autour de la localité de Chien-Chien est un exemple (cf. ci-dessus), fera l’objet d’un catalogue numéroté et signé par Alain.

Samedi 19 avril 2014, une promenade en musique dans la région des Marais sur la commune de Veyrier avait suivi les différentes stations d’un balisage d’Alain intitulé Dans les sillons du trente-trois tours. Ci-dessus, Exem, Marianne, Noël et Alain en pleine action.

La seconde fois, ce fut de fin août à mi-septembre 2015 avec l’expo Carnets de route qui présentait les croquis au fusain qu’Alain avait réalisés, de septembre 2014 à juin 2015, chacun en quelques secondes, sans retouches ni repentirs, en se rendant à son travail, entre le plateau de Pinchat et Carouge. Pratique qu’il avait initiée en 2003 en arpentant et balisant routes et chemins dans le cadre de ses projets de balisages et géotags.

La troisième et, définitivement, dernière fois, ce fut en octobre 2019, avec Le Baliseur sauvage, à l’occasion de la sortie du livre éponyme que les éditions Faim de Siècle lui avaient consacré, présentant en quatrième de couverture son activité ainsi : “Sans demande ni autorisation, il plaque ses balises colorées sur les abribus, les clôtures, les façades, les poteaux, les arbres ou les piles des ponts. Il trace ainsi, dans un art dosé du jeu et de la contrainte, de nouveaux itinéraires à découvrir, qui sont autant d’invitations à la marche, au rêve et à la poésie, espiègle et physique.”

Vers les années 2000, Alain avait conçu un Annuaire des papas (ci-dessus le papa Sam Ouraille) et, pour l’illustrer, m’avait mis dans le coup. Ce projet avança cahin-caha, et, malgré un joli travail abattu, ne vit jamais le jour, principalement à cause de moi, et de mes horaires impossibles.

Fin 2021, Alain s’était remis avec brio à composer des chansons inédites et m’avait sollicité pour réaliser la pochette du CD intitulé Millénaires. Le dessin sera décliné en tirages papier (cf. ci-dessus) et t-shirts.

Nous nous retrouvions régulièrement en petit comité pour des fondues qu’Alain accompagnait au Champagne ou pour des pétanques endiablées et comme nous faisions de la course à pied l’un et l’autre, tout cela transparaissait dans notre correspondance et nous permettait de nous mettre en boîte.

Comme dit Mermet, partir ainsi, c’est zut!

Exem