Extraits d’un article de Michelle Boiron paru le 14 février 2015
Les origines libertines de la Saint-Valentin
Aujourd’hui, le jour de la Saint-Valentin, très populaire en occident, n’a rien à voir avec la fête d’origine qui autorisait l’arrivée d’une troisième personne dans le couple, généralement le temps d’une nuit. Une habitude qui a progressivement disparu.
Les occasions de fêter l’amour sont nombreuses. La Saint-Valentin le 14 février en est une qui tient toujours. A l’origine, le rituel de la Saint Valentin était celui d’une fête qui encourageait le tiers dans la relation amoureuse ! C’est assez surprenant que la signification en ait été complètement détournée, par rapport au sens premier de sa création. Je cite Serge Chaumier dans son excellent livre La Déliaison amoureuse, Payot, 1999, qui fait référence au Valentin, le tiers :
« L’exclusion du tiers se réalise donc progressivement. Il n’est qu’à considérer l’évolution de la Saint- Valentin. Cette coutume venue du Nord, dite du « valentinage » concède aux épouses pour un jour -ou plus-, au vu et au su de leurs maris, toute familiarité avec un « valentin » ou « galantin« , célibataire, choisi par le sort. « Vous m’aurez demain ; cette nuit est à mon amant », dit une femme dans une chanson de l’époque. D’emblée le tiers est là. Il sera peu à peu exclu au profit du mari-amant. »
Les relations exclusives et la notion d’intimité datent du XVIIe siècle et c’est au XVIIIe siècle que la notion de « sphère intime » s’est imposée dans le mariage. L’église y a largement contribué et s’est battue pour que le mariage devienne le lieu à la fois de la relation sentimentale et de la reproduction. On voit bien alors comment le tiers dans la relation devient dangereux et n’a plus lieu d’être officiellement. C’est alors qu’apparait l’amant et du coup le mari se transformera en « cocu ». La relation extérieure au mariage n’est plus admise, mais n’a pas disparu pour autant, elle est donc dissimulée. Le jeu d’alliances, qui était à l’origine le but pour inscrire la famille dans la succession des générations et garantir notamment les titres, les terres et les biens, ne se construisaient pas sur le sentiment amoureux.
Extraits d’un article de Sylvie Tanette paru le 14 février 2007
« Au XVe siècle, ce sont les femmes qui choisissaient leur valentin »
D’abord fête des merles à Rome, le 14 février est devenu celle des amoureux au Moyen Age avant d’être frappé d’interdit.
Le 14 février est jour de fête depuis deux millénaires. Mais il n’a pas toujours été le jour des amoureux. Dans l’Antiquité romaine, il célébrait le moment où les merles commençaient à nicher. Puis son sens a glissé, au cours du Moyen Age, pour devenir celui que nous connaissons aujourd’hui.
En pleine rue, des fessées fertilisantes
Dès le début, il a été question d’accouplement, explique la philosophe Catherine Clément, auteure d’une série actuellement diffusée sur France culture, « Histoire de l’amour ». « Et le lendemain du jour des merles, soit le 15 février, les Romains insistaient sur ce même thème en célébrant les fameuses Lupercales, une fête de la fertilité au cours de laquelle des hommes déguisés en loups parcouraient les rues de Rome en fouettant les femmes qu’ils croisaient. Ces coups-là n’avaient rien à voir avec un châtiment. Il s’agissait d’un rituel, les fessées se voulaient fertilisantes. »
Au lit avec des femmes mariées
Le rite se transforme durant la période médiévale. Il rejoint alors – sous le nom de « valentinage » – l’histoire passablement contestée de Saint-Valentin, un moine passé à la postérité pour avoir accepté de marier des soldats romains alors qu’un tel geste était officiellement interdit. « À cette époque, poursuit Catherine Clément, les valentins sont des jeunes gens qui choisissent leur dame parmi les femmes mariées. Du 14 février au 1er mai, ils doivent les accompagner partout, jusque dans leur lit, alors que les maris se retrouvent dépossédés de leurs épouses. La coutume apparaît dans des chansons de troubadours. Est-elle réellement pratiquée ? Le doute subsiste. Toujours est-il que règne durant cette période une certaine licence, voire de la débauche. Puis les rôles évoluent. A partir du XVe siècle, ce sont les femmes qui choisissent leur valentin. Jusqu’au XVIIIe où, sous la pression de l’Église, la tradition disparaît. »
